Combien y a-t-il de travailleurs autonomes au Québec ?

Par Arnaud Boulin

Ayant connu une intéressante évolution au fil du temps, la population des travailleurs autonomes au Québec représentent aujourd’hui une proportion non négligeable des travailleurs québécois.

On en dénombre 504 500 au Québec en 2021.

Cela dit, ce chiffre mérite d’être étudié en détail.

En effet, la définition du statut de travailleur autonome est large et s’applique à des profils variés : on constate ainsi qu’il n’y a d’ailleurs pas « une », mais « des » populations de travailleurs autonomes.

Dans cette étude, nous vous présenterons donc non seulement les chiffres des travailleurs autonomes au Québec, mais nous tâcherons également de vous préciser qui ils sont, afin d’établir un portrait précis.

 

Le type de travailleur autonome

Pour définir le travailleur autonome, diriez-vous qu’il s’agit d’une personne qui est son propre patron et possède une petite entreprise individuelle?

Oui, mais ce n’est qu’un des profils possibles!

En effet, selon Statistique Canada, le terme de « travailleur autonome » est une vaste notion qui recense cinq catégories.

Ces catégories prennent en compte deux critères majeurs :

  • Le choix du travailleur autonome de se constituer en entreprise individuelle ou en société par actions (autrement dit, en compagnie). Les travailleurs indépendants se tournent généralement vers le choix de l’incorporation (terme définissant le fait de se constituer en société) lorsque les revenus sont importants. Pour plus de détails à ce sujet, consultez cet article.
  • L’utilisation ou non d’ « aide rémunérée » (autrement dit, de main d’œuvre rémunérée) dans le cadre de l’activité.

Le groupe largement majoritaire est constitué par les travailleurs qui possèdent une entreprise non constituée en société et qui n'emploient pas de main-d’œuvre rémunérée.

Le groupe qui a connu la plus grande progression depuis ces 20 dernières années est le second du tableau ci-dessous, et qui désigne les travailleurs indépendants, sans employés, mais constitués en société.

En effet, ce groupe ne représentait que 14,61% des travailleurs autonomes en 2001.

Catégories de travailleurs autonomes Pourcentage du total (en 2021)
Entreprise constituée en société, avec aide rémunérée 20,44 %
Entreprise constituée en société, sans aide rémunérée 23,03 %
Entreprise non constituée en société, avec aide rémunérée 5,15 %
Entreprise non constituée en société, sans aide rémunérée 50,84 %
Travailleurs familiaux non rémunérés 0,52 %

 

Les secteurs d’activité

On trouve des travailleurs autonomes dans tous les secteurs et toutes les industries.

C’est le secteur des services qui est largement le plus privilégié par les travailleur autonomes québécois : 40,17 % d’entre eux œuvrent dans ce secteur.

Viennent ensuite la production de biens, à 10,18 %, puis les services professionnels, scientifiques et techniques, à 8,67 %.

Les secteurs regroupés dans le graphique ci-dessus dans « Autres » représentent chacun moins de 5% du total.

Notez que ces chiffres ne tiennent pas en compte les chiffres des services publics et de l’administration publique, non divulgués en vertu des dispositions de la Loi sur la statistique.

 

Portrait des travailleurs autonomes au Québec

L’âge

Ce qu’on observe de nouveau, c’est que depuis 2020, les 55 ans et plus constituent le groupe d’âge majoritaire des travailleurs autonomes (37,10 %).

Ils n’étaient qu’en 2ème position auparavant.

Eh oui! On a en tête l’image du travailleur indépendant comme « le jeune au café avec son laptop ».

Dans les faits, les seniors sont volontiers attirés par le travail autonome, que ce soit à temps plein ou à temps partiel, et ce, pour de multiples raisons : perte d'emploi, désir de liberté, préretraite, orientation vers une nouvelle branche, etc.

Ils sont suivis de près par la tranche 25-44 ans (36,01 %).

 

Le sexe

En quelques décennies, la proportion des femmes dans le total des travailleurs autonomes a connu un bond spectaculaire.

En effet, en 1978, on ne comptait que 78 000 travailleuses autonomes au Québec ; elles étaient 225 600 trente ans plus tard, soit une progression de 187%!

En comparaison, la progression du nombre de travailleurs autonomes masculins sur la même période a été de 73% seulement.

L’année 2018 fut celle où la part de la travailleuse autonome a atteint son apogée : elles représentaient alors 40,4 % du total.

Cette proportion est, depuis, en léger retrait.

 

Le niveau de scolarité

La répartition ci-dessus a été plus ou moins la même au fil du temps et a peu changé.

On notera toutefois un recul, année après année, de la frange des travailleurs autonomes sans diplôme d’études secondaires : ils ne représentent désormais que 10,16 % du total.

La grande majorité des travailleurs autonomes québécois ont suivi des études postsecondaires.

Sur le total, environ un tiers d’entre eux (33,11 %) possèdent un diplôme universitaire.

 

Les raisons de devenir travailleur autonome

En 2018, les travailleurs autonomes étaient 36,3 % au Québec (contre 33,5 % à l’échelle nationale) à mentionner la volonté d’indépendance comme raison de se mettre à son propre compte.

Ils sont moins de 12% à mentionner la nature de l'emploi comme justificatif du travail autonome.

Cela désigne les métiers qui ne peuvent être effectués qu’en tant que travailleur autonome.

 

L’évolution du travail autonome au Québec

Une évolution nuancée

On entend parfois que le nombre de travailleurs autonomes connaît un véritable essor.

Cela est dû notamment au développement de certains emplois indépendants qui peuvent se pratiquer avec comme tout outil un simple ordinateur, et par conséquent, la création de milieux de travail adaptés, tels les espaces de co-working.

On peut aussi mentionner la multiplication des plateformes numériques (comme Uber par exemple), qui permettent à un plus grand nombre de personnes de devenir plus facilement travailleurs indépendants.

Ce phénomène est fréquemment mis en avant dans les médias, qui parlent d’ « explosion » du travail autonome.

Ou plutôt « était », car, ces dernières années, le travail autonome, dans son ensemble, est à la baisse!

Petit tour d’horizon de l’histoire récente :

Le travail autonome a été en croissance constante jusqu’en 1998, avant de chuter.

Les années suivantes ont été plutôt stables, avant un bond significatif en 2007.

Ce « boom » survenu en 2007 s’est prolongé durant la crise de 2008-2009.

En effet, de nombreuses personnes qui se sont retrouvé sans emploi à cause de la crise ont rejoint les rangs des travailleurs autonomes.

Inversement, à la sortie de la crise en 2010, plusieurs travailleurs autonomes se sont redirigés vers l'emploi salarié ; le nombre total de travailleurs autonomes au Québec a donc baissé, avant de rester plutôt stable pendant une dizaine d’années environ.

Plus précisément, le nombre a peu bougé de 2010 à 2017, et a grimpé jusqu’à 562 700 individus en 2019.

Toutefois, le nombre total de travailleurs autonomes au Québec a commencé à chuter par la suite.

De fait, en 2020, on ne comptait plus que 532 400 travailleurs autonomes.

Ce nombre a encore chuté en 2021 pour atteindre 504 500 personnes, atteignant ainsi son plus bas total depuis 2008!

En ce qui concerne la proportion par rapport au nombre total de travailleurs, le constat est le même.

Ainsi, en 2021, les travailleurs autonomes représentaient 11,8 % du nombre total de travailleurs au Québec, contre 13 % dix ans avant, en 2011.

Cela est dû à la situation exceptionnelle que nous vivons actuellement.

 

La pandémie et le recul du travail autonome

Comme on l’a vu, le taux de travailleurs autonomes dans la province a chuté durant la pandémie.

On a ainsi recensé 27 900 travailleurs autonomes de moins au Québec entre 2020 et 2021.

C’est le secteur agricole qui a été le secteur le plus durement touché.

À noter que ce recul n’est pas propre au Québec : cela a également été le cas à l’échelle canadienne, notamment en Ontario, ainsi que dans de nombreux autres pays du monde.

Plusieurs raisons expliquent cela.

La différence avec la crise de 2008, c’est que plusieurs compagnies bien implantées ont pu continuer leurs activités, grâce à certaines adaptations (et en premier lieu le télétravail).

Par contre, beaucoup de petites entreprises individuelles ont été durement touchées par les conséquences financières de la pandémie.

De fait, beaucoup d’entre elles n’ont pas pu bénéficier des mesures mises en place par le gouvernement du Québec qui ont été offertes à des entreprises plus grandes.

Par conséquent, certains travailleurs autonomes ont dû renoncer à leur activité indépendante pour revenir sur le marché du travail traditionnel et trouver une activité salariée, afin d’acquérir une stabilité (avantages sociaux, garantie d’un salaire minimum, etc.).

Il est cependant à prévoir que les chiffres du travail autonome repartiront à la hausse lorsqu’enfin la pandémie sera terminée!

 

Nos sources

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